Ma démarche

Réflexions picturales

Si une certaine peinture convient à une époque, l’époque suivante voit dans cette convenance une convention.

Le temps à bon dos en matière d’explications, il fait apparaître conventionnel ce qui semblait nature et nécessité. Le démon du changement pour le changement est le vrai père de bien des choses. Il nous jette du beau dans le vrai, du vrai dans le pur, du pur dans l’absurde et de l’absurde dans le plat.

Ce que l’on peut appeler « Le Grand Art » c’est simplement l’art qui exige que toutes les facultés d’un homme s’y emploient, et dont les œuvres sont telles que toutes les facultés d’un autre soient invoquées et se doivent intéresser à les comprendre.

 

Qu’y a t’il de plus admirable que le passage de l’arbitraire au nécessaire, qui est l’acte souverain de l’artiste, auquel un besoin, qui peut être aussi fort et préoccupant que le besoin de faire l’amour, le pousse ?

 

Rien de plus beau que l’extrême volonté, l’extrême sensibilité et la science, conjointes, et obtenant pendant quelque durée, cet échange entre la fin et les moyens, le hasard et le choix, la substance et l’accident, la précision et l’occasion, la matière et la forme, la puissance et la résistance, qui, pareil à l’ardente, à l’étrange, à l’étroite lutte des sexes, compose toutes les énergies de la vie humaine, les irrite l’un par l’autre, et crée.

 

La présence, le présent n’est que dans les toiles.

 

L’Art est une figuration particulière du moi. La figuration ne doit pas être une abstraction du moi, c’est pour cela que l’Art est obligatoirement engagé socialement. En peignant un paysage qui est susceptible de disparaître, il faut y voir un engagement contre tout ce qui tend à détruire systématiquement ce qui était douceur de vivre.

Mais ce n’est pas la nostalgie du passé.

Posséder la nature, ainsi qu’une femme aimée et, par elle, être possédé. Alors, de cette intime union entre le peintre et le motif, s’établira un mystérieux dialogue, naîtront de multiples émotions et commencera l’aventure, aujourd’hui différente de ce qu’elle fut hier et sera demain.

Car c’est bien cela, peindre dans la sincérité de cœur et d’esprit.

 

L’artiste se doit de repenser en termes nouveaux son approche de la réalité extérieure. Car il n’y a pas une seule vérité en Art, chacun regarde un tableau en fonction de son parcours culturel et de sa sensibilité.

Ce ne sont que des auberges espagnoles, on y trouve ce que l’on y emmène, chacun se l’appropriant à tour de rôle et le nouveau propriétaire y verra sa vérité, qui est peut être autre que la vérité première.

 

La mémoire n’est pas souvenir mais devenir, elle ne se retourne pas, pas plus que le soleil peint n’a souvenir du soleil, mais devenir de soleil. Ce que l’artiste voit, il ne se l’approprie pas, il n’a d’autres moyens de le rendre au monde qu’en le peignant, et peindre là, n’est pas dépeindre, en faire le tour pour dégager par une découpe, mais l’engager jusqu’au saisissement.

 

Je peins des présages muets.

 

Il ne faut pas croire appréhender une réalité objective, c’est nous même qui sortons du tube, pressé par nos propres doigts. La couleur de la peinture n’est pas la couleur du monde. La peinture est un monde, qui n’est pas le monde, même quand elle en montre les images.

Un tableau doit avant tout reproduire la pensée intime de l’artiste qui domine son modèle, et non pas un asservissement de l’artiste au sujet.

Les plans en se simplifiant se condensent. Simplifier la composition au profit du rythme des couleurs.

 

J’ai épousé la couleur. Je parle avec mes couleurs, écoutez moi avec vos yeux !

 

Peindre avec des couleurs qui ont une joie et qui portent en elles la force et la tranquillité qui reposent.